Remplacez Juif par migrant

La crise syrienne et les récents déplacements de population font ressurgir des idées sombres qu’on croyait enfuies dans les égouts de l’histoire. Et pourtant, les propos tenus ressemblent en tous points aux discours propagandistes, caricaturaux et simplistes d’avant guerre.

Ceux qui connaissent l'histoire savent qu’en temps de crise économique, le bruit des bottes n’est jamais bien loin. En pleine crise humanitaire, les idées les plus répugnantes refont surface pour distiller la haine, la stigmatisation et le rejet de l’autre. Un racisme naturellement enrobé du miel de la critique libre.

Ce qui est encore plus inquiétant, c'est que les discours fascisants se retrouvent également dans la bouche de « monsieur tout le monde » de manière pratiquement banale et décomplexée.

Des citations d’Hitler et des extraits d’ouvrages de la propagande nazie (dont le fameux « Mein Kampf ») furent publiés avec la particularité que le mot « juif » fut remplacé par « migrant ».

« Le Tout-Puissant n’a jamais aidé un homme paresseux. Il n’aide pas le lâche. Il ne vient pas en aide à un peuple qui ne peut pas s’aider lui-même. » pouvait-on lire.

Le constat fut accablant. La citation a évidemment récolté de très nombreuses adhésions. Des internautes vont se mettre spontanément à « liker » ces commentaires sans même réaliser la portée de leur signification. Il faut dire, la propagande nazie était particulièrement bien étudiée pour distiller discrètement la haine à l’aide d’arguments d’autorité tout en exacerbant le sentiment nationaliste. On connait déjà la fin de l’Histoire.

Le phénomène est heureusement connu depuis des décennies. Pour qu’une idéologie porteuse de haine puisse s’exprimer de manière publique, elle doit être en apparence intellectualisée notamment à travers des arguments d'autorité. Une crainte d'une nation envahie et détruite de l’intérieur ; la peur de la destruction des valeurs chrétiennes ; la stigmatisation de l’étranger comme étant fainéant mais paradoxalement voleur de travail ; la paranoïa du « grand remplacement » ou encore du métissage forcé, complot des élites mondialistes ; on en trouve pour tous les goûts et de toutes les couleurs.

Beaucoup imaginent que le régime nazi était ouvertement violent, mais aux yeux des allemands, leurs crimes furent pour la plupart découverts après guerre. Une manipulation efficace sait se faire discrète afin d’acquérir un grand nombre d’adhésions en vue d’acquérir le pouvoir...

On est pas sorti de l'auberge.

Jean-Pierre