Que serais-je sans toit ?

L'année 2017 est celle du déploiement en France d'un programme Un chez soi d'abord. Un véritable espoir pour toute personne soucieuse de faire avancer la question du sans-abrisme et une formidable façon de remettre l'humain au centre de sa vie.

Une nouvelle approche du sans-abrisme

Depuis la médiatisation de la situation des sans-abris, notamment avec l'occupation des Don Quichotte à Paris il y a dix ans, les pouvoirs publics ont été amenés à réfléchir sur la question du « logement d'abord », jetant les bases d’une philosophie selon laquelle le logement est la condition préalable et nécessaire à l'insertion et à la stabilité.

Pour l'expérimentation, plus de 700 personnes ont intégré l'étude dans quatre villes pilotes, Marseille, Lille, Toulouse et Paris. La moitié d'entre elles ont intégré ce que l'on appelle « le groupe témoin », à savoir qu'elles ont été suivies comme d'habitude et suivant les règles de l'aide traditionnelle. Les autres personnes ont intégré le groupe expérimental et ont bénéficié des services habituels mais tout en étant logées et accompagnées d'une équipe pluridisciplinaire.

Toutes ces personnes avaient comme caractéristiques d'être réellement à la rue depuis plus de quatre ans et de souffrir de maladies mentales chroniques ou d'addictions.

L'équipe pluridisciplinaire, ça veut dire que nous avons a à la fois, dans l'équipe et au même niveau d'accompagnement, le psychologue, le médecin, l'infirmier, l'assistant social, l'éducateur, le moniteur éducateur, l'aide psychologique, le coordinateur, le travailleur pair... On est sur un management participatif où tous ont le même niveau d’intervention. Ça veut dire qu'il n'y a plus de référent, mais des multi-référents. Il n'y a pas besoin de quelqu'un qui va suivre une situation car c'est la personne accompagnée elle-même qui va se charger de son suivi. Après, il y a tous l’accompagnement social et administratif qui demeure, et c'est un accompagnement très fort et très soutenu. Mais ça se passe dans le logement de la personne, et ça, c'est un gros changement culturel.

Les résultats sont là car on observe de très bonnes réussites, il y a un réel maintien dans le logement qui se vérifie, de l'ordre de 80% des personnes testées. Le programme montre également son efficacité en termes de coûts.

Les origines de cette nouvelle approche

Cette expérimentation française s'est lancée sur le modèle américain « Pathway to Housing ». Modèle fondé par Sam Tsemberis qui dirigeait une équipe de rue, au début des années 90′ et qui a fait le constat dans son approche professionnelle que ce qui manquait aux personnes sans-abris et notamment qui souffraient de troubles psychiques et d'addictions, c'était le logement.

Sans le logement au préalable on ne pouvait pas, finalement, amorcer un travail durable avec l'approche du rétablissement.

Dès les années 2000, l'État américain s'en saisit durablement. Les chiffres qui en ressortent sont plus qu'encourageants : une baisse de 34% de la fréquentation des urgences pour les sans-abris, une réduction des coûts hospitaliers de plus de 50%, et entre 70% et 90% de maintien dans le logement.

Sous l'impulsion de la Commission Européenne, le programme s'implante progressivement à partir de 2011, notamment à Amsterdam, Budapest, Copenhague, Glasgow et Lisbonne.

Le rétablissement dans ce modèle là c’est plutôt une question globale de l’accès au bien-être. Comment vivre avec sa pathologie sans forcément la combattre, comment vivre mieux, comment atteindre des buts de bien-être dans la vie. C'est un modèle qu’on peut adapter dans une approche médicosociale peut-être en dehors de la psychiatrie.

Cette conception communautaire du rétablissement est très présente aux États-Unis. En revanche, en France, elle est largement minoritaire, derrière une approche très individuelle du soin et de la prise en charge.

Les débuts d'un changement de modéle

C'est en fait un véritable changement qui est en train de s'opérer chez nous en passant d'une logique de « traitement d' abord », à une nouvelle approche qui prône le « logement d’abord ». Nous renversons la vision de l'approche culturelle de l'accompagnement médico-social en France.

À travers la méthode de « Un Chez soi d'abord », le bilan scientifique prouve que personne ne peut prédire la capacité à habiter d'un individu, et qu'avec un accompagnement qui repose sur la pratique du rétablissement on se base sur le choix de la personne et aussi le choix de l'accompagnement qu’il désire.

L'aide doit donc s'adapter aux libres choix de l'individu pour être efficace et non pas s'imposer par expertise d'un observateur tiers.

Et nous en sommes encore tout au début. Le programme « Un chez soi d’abord » permet de créer un véritable outillage pour faire perdurer tous les projets qui vont être initiés lors du déploiement. Mais à côté de ça, il pourrait nous amener à voir encore plus loin.

Finalement il faut repenser ce qu'est le collectif, les murs, nos foyers, nos sites, et qu'est ce qu'on peut en faire.

Comment on peut penser par exemple la prise en charge des nouveaux arrivants, des personnes immigrées, des demandeurs d'asile, des déboutés… de tous ceux qui sont dans la rue.

Comment faire pour ceux qui sont dans la rue et qui ne peuvent pas accéder à un logement ?

Il faut accompagner les projets qui suivent la philosophie du Logement d'abord, mais qui n'entrent pas dans le cahier des charges du programme national « Un chez soi d’abord », notamment avec la formation des équipes à ces changements. Des projets qui reposent sur les mêmes pratiques pourtant, et qui permettront de les généraliser en milieux ruraux ou dans les zones où le logement est complètement détendu.

Une perspective qui semble primordiale pour offrir un accompagnement plus juste, humain et à partir du logement et du choix des personnes.

Laurent