Politique et honnêteté intellectuelle

Jusqu'au XVIIIème siècle

Les êtres humains ont mené des vies courtes et dures, soumises au labeur, à la maladie, la famine et la mort. Dieu et la religion étaient alors là comme arrières-mondes, comme béquilles pour donner une justification à ces existences.

Soudain, ça fait du sens, lorsqu'on y pense, que de remplacer le néant par un avenir parfait et utopique. Il fallait vraiment que les gens soient désespérés pour gober de pareilles âneries…

Tellement désespérés qu'ils se tuaient à la tâche pour bâtir d'immenses et subtils édifices en pierre à la gloire de cette promesse de vie éternelle. On met plus facilement sa peau sur la table lorsque l'on sait qu'elle ne vaut rien.

Aujourd'hui comme notre civilisation semble momifiée, avec ses abbayes-musées et ses églises où errent deux-trois octogénaires…

Les Lumières et l'industrialisation

Il vint le temps des idéologies. Un temps qui dura jusqu'à la fin du XXème siècle, jusqu'à la Chute de l'URSS. Un temps absurde, deux cent années où les progrès de la science avaient tout juste rendu dieu obsolète, mais n'avaient pas réussi à abolir ses tristes remplaçants : les idées politiques.

L'esprit des Lumières en Europe constitue un moment-charnière, avec tentative de reboot total du rapport au monde : politisation des citoyens, calendrier chelou, culte de l'être suprême, bolossage systématique des nobles et du clergé… On embraye directement sur la révolution industrielle, et la montée des idéologies. C'était un temps particulièrement étrange où l'on pouvait crever le sourire aux lèvres pour des idées.

Mourir pour des idées. Mourir pour la France, pour le Reich, pour le Communisme, pour la Liberté…

En bref, mourir pour une façon de gérer l'Etat. Là encore, les hommes faisaient fièrement l'étalage d'une connerie bouleversante. Nouvelle ritualisation du monde.

La post-modernité

Heureusement, l'augmentation du confort matériel et l'émergence d'internet ont profondément modifié cet état d'esprit. Aujourd’hui, les gens se contentent de militer pour que Mc Donald's livre à domicile, car sortir de chez eux pour aller se traîner dans un endroit impersonnel empestant le graillon pour ramener un Big Mac représente désormais un effort considérable.

Ils rejoignent également des groupes Facebook pour le retour en France de Burger King. Ils se battent sur Twitter pour qu’il y ait plus de bisous après des attentats. Ils ne sont plus prêts du tout à mourir pour quoi que ce soit. C'est une limitation saine de la conviction politique.

Certes, on rencontre encore parfois des Musulmans déroulant leurs tapis de prière sur les pavés.

Mais dans l'ensemble, la plupart des gens sont devenus polis.

Un jour

Je le sais, notre pays sera politiquement laïc, et des gens comme Jean-Luc Mélenchon n'auront plus le droit de nous étaler leurs convictions sur la gueule, en public, comme ces types qui sortent leur sexe dans les wagons de la ligne 4.

Les hommes ont fini par se lasser, surtout après le monceau de cadavres issu des grands conflits idéologiques de la seconde guerre mondiale.

Dans les années 60

Ils voulaient simplement baiser des filles et fumer des joints, fini le pouvoir politique traditionnel à la papa, et nous l'avons involontairement placé dans les mains de l'entité restante : la sphère économique, le marché.

Inutile de s'attarder plus sur Mai 68.

Et nous savons tous aujourd'hui que les gens préfèrent porter un uniforme Adidas plutôt qu'un uniforme de l'armée française.

Souci

Le marché, contrairement au religieux et au politique, ne fixe pas de repères aux gens, et ne leur donne pas du sens à mâchonner. Ça le rend nerveux le peuple, d'être libre. Le marché extirpe l'Asie de la misère et fournit des écrans plats et des iPhones à tous les smicards du Nord-Pas-de-Calais. (Pour rappel en période de grosses chaleurs boire 1,5L de bière par jour dixit France 3 Nord-Pas-de-Calais 1975).

Mais ils n'ont toujours pas de transcendance clefs-en-main.

Que font-ils alors, ces braves gens ?

La plupart deviennent dépressifs, certains restent coincés dans le politique, d'autres replongent carrément dans le religieux, ils retournent au début du cycle… Ils piochent les morceaux dans les religions qui leur plaisent, font leur tambouille, et se proclament ensuite juifs, chrétiens ou musulmans.

Mais leur hypocrisie est sans limite, une excuse pour échapper à l'angoisse de se regarder dans un miroir.

Mathilde