Obsolescence Programmée

Quelques exemples concrets…

Il y a cinq ans, j’ai acquis d’occasion la machine à laver d’un grand-père et, malgré plusieurs décennies au compteur, la bestiole ronronne comme au premier jour. En revanche, lorsque j’investis dans un frigo neuf, la vendeuse me conseille d’acheter une prolongation de garantie « parce qu’ils tombent souvent en panne après 2 ans ». Comment peut-on prévoir la date d’une panne ? Et surtout, comment peut-on fabriquer de l’électroménager moins durable au 21ième siècle qu’en 1960 ?

La réponse tient en deux mots : « obsolescence programmée ». Sans verser dans la théorie du complot industriel, des organismes aussi sérieux que le CSCE ou l’Assemblée Nationale constatent que les appareils récents sont conçus pour tomber en panne rapidement ou pour ne pas être réparables. Ainsi, la durée de vie moyenne d’un ordinateur a fondu entre 1985 et 2007 : elle est passée de 10,7 à 2,5 ans.

Résultat : nous sommes obligés de jeter, de remplacer, de racheter… bref, de consommer. La consommation entraîne la consommation. D’après Les Amis de la Terre, près de 100% des foyers français sont équipés d’un frigo, et pourtant il s’en vend 2 millions chaque année…

Ampoules et bas nylon

Tout a commencé dans les années 1920, avec les ampoules à filament. Elles se vendent comme des petits pains mais éclairent bien trop longtemps (2500 heures). Les fabricants, rassemblés au sein du cartel Pheobus, signent un pacte : à l’avenir, la durée de vie d’une ampoule sera limitée à 1000 heures, sous peine d’amende. Pendant des mois, les ingénieurs se creusent la tête pour programmer la mort de leur propre produit !

Dans les années 30, même punition pour les bas nylon : ils sont trop résistants. Très vite, les industriels changent la composition de la matière pour la rendre vulnérable à l’oxygène et au soleil. Ça file, ça craque, les clientes affluent dans les boutiques… Du bonheur pour les vendeurs.

Le 21ième siècle ne fait pas exception. Certains fabricants d’imprimantes cachent des puces-compteuses dans leurs appareils : au-delà d’un certain nombre d’impressions, l’appareil cesse tout simplement de fonctionner. Quant à la marque Apple, elle a dû s’engager, sous peine de procès, à changer le modèle des batteries de son iPod ; elles ne duraient que 18 mois et étaient soudées à l’appareil, donc quasiment impossibles à remplacer.

Technique commerciale ou… psychologique ?

L’obsolescence existe sous mille formes :

– indirecte (le chargeur de l’iPhone 5 est différent de celui de l’iPhone 4, je suis obligé(e) d’acheter l’accessoire)

– due à une incompatibilité (le nouveau logiciel ne fonctionne pas sur mon « vieil » ordi)

– programmée (mon imprimante s’arrête au-delà d’un nombre précis de pages, ma batterie me lâche au bout d’un certain nombre de mois)

– liée au service après-vente (mon mixeur Electrolux ne peut être réparé car « le fabricant ne fait pas de pièces détachées pour les produits à moins de 50 euros »)

Devant la fureur des écologistes et des acheteurs, certains industriels s’engagent en faveur d’une économie circulaire et les citoyens trouvent des astuces pour ressusciter leurs objets. En attendant, à nous de résister à la plus insidieuse des obsolescences : la version psychologique. Elle nous pousse à désirer un nouvel objet alors même que le précédent fonctionne encore. J’ai nommé : la mode.

 

– « Prêt à jeter, l’obsolescence programmée », excellent documentaire d’Arte

– Le site dédié des Amis de la Terre : les dessous de la high-tech

– « Bon pour la casse les déraisons de l’obsolescence programmée », par Serge Latouche, grand pourfendeur de la société de consommation. Éditions Les liens qui libèrent, 13 euros.

L ‘article du Monde sur la loi de transition énergétique qui interdit l’obsolescence programmée

Zoé