Meuse 1914-1918

le cimetière « oublié » de Spincourt

Tous les corps sont censés avoir été transférés en 1924 vers la nécropole de Pierrepont, mais ce n’est pas le cas.

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Des centaines de cercueils, alignés, refont surface dans la boue, à mesure que les archéologues avancent. C’est une découverte extraordinaire qui a été faite en début d’année chemin du Mont à Spincourt, dans le Nord de la Meuse. Un diagnostic archéologique a été mené sur une parcelle en janvier, préalablement à la construction d’un lotissement. Bien que Spincourt ait connu les combats de la première guerre mondiale, l’Inrap (institut national de recherches archéologiques préventives) avait plutôt sur ce secteur des suspicions de vestiges protohistoriques. Mais au cours de ce diagnostic, « nous avons découvert des contenants en bois avec des ossements, des boutons d’uniforme français », décrit Frédéric Adam, archéo-anthropologue et responsable du chantier de Spincourt.

Des recherches effectuées auprès du pôle des sépultures de Verdun révèlent que ce site est en réalité un cimetière provisoire de regroupement datant de 1919, sorte de chaînon manquant entre le cimetière de front et la nécropole nationale. « Tous les corps étaient censés avoir été transférés en 1924 vers la nécropole de Pierrepont (54) ». Or après guerre, alors que le pays est en pleine phase de « reconstruction nationale » pour honorer ses disparus, dans « l’urgence patriotique et économique », les exhumateurs ont « oublié » des corps. « Certaines boîtes sont pleines, d’autres contiennent encore quelques ossements, et d’autres sont complètement vides ».

864 corps, 617 sépultures

En août 1914, de violents combats ont eu lieu dans le secteur de Spincourt, et le village a été occupé par les Allemands jusqu’en 1918. Au début du conflit, croyant que la guerre allait être brève, les soldats tués au front étaient inhumés directement sur le champ de Bataille.

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En 1919, les Français réinvestissent la commune et déterrent dans le secteur, partout où des croix les signalaient, les dépouilles des soldats morts au combat pour les mettre dans ce cimetière provisoire. « En 1919, les corps retrouvés sont décharnés, déjà à l’état de squelette », précise Frédéric Adam. Le site compte aussi des petits ossuaires, des boîtes de 90 cm de long pour 40 de large, qui contiennent des tas d’ossements mélangés. Les registres font état de 864 corps enterrés dans cette nécropole (Français mais aussi alliés) dans 617 sépultures, « certains cercueils contiennent donc des restes de plusieurs soldats ». Après 1920 et la loi de restitution des corps aux familles, 105 corps issus du cimetière provisoire de Spincourt sont rendus aux leurs. En 1924, officiellement, toutes les dépouilles sont transférées à Pierrepont, et le site, rendu à l’agriculture, redevient un champ. Plus rien n’indique qu’un cimetière se trouvait ici, et il tombe dans l’oubli. Jusqu’aux fouilles de ce début 2017.

Certains corps devraient pouvoir être identifiés

« Quand on ouvre un site comme celui-ci, chaque tombe est une surprise », note Frédéric Adam, qui travaille sur place avec dix archéologues. Le chantier, démarré le 6 novembre sur prescription de l’État, a mis à jour environ 400 tombes. Des objets ont été également découverts, et certains corps devraient pouvoir être identifiés et rendus à leurs familles. Le chantier qui se terminera le 14 décembre n’est qu’une partie du travail des scientifiques. « Nous allons pouvoir mener une étude sur le travail des fossoyeurs par exemple, ou sur la gestion économique d’après-guerre ». Cette découverte serait, selon les archéologues, une première en France.

Ouverture de cercueils.

Jean-Pierre