Libérons nos vieux ordinateurs

Votre vieil ordi prend la poussière dans un tiroir obscur ? Et si vous lui offriez une nouvelle vie ? C’est ce que proposent les associations de reconditionnement d’ordinateurs.

Beaucoup de PC « dépassés » finissent au recyclage ou pire, à la poubelle, alors même que des milliers de personnes n’en n’ont pas à la maison (près de 20 % des français n’ont pas accès à Internet depuis leur domicile d’après l' Observatoire Numérique).

Le réemploi au service du développement durable et de la solidarité

« On a cultivé en France un réflexe de recyclage des ordinateurs, alors qu’il faudrait d’abord les retaper et les reconditionner ! C’est ça la première étape vraiment écologique ! Sinon, recycler directement revient à polluer plus », explique Benjamin Larcher, de l’association Nâga à Nantes.

Cette petite structure engagée dans la lutte contre la précarité numérique récupère des ordinateurs, les répare et les donne à ses adhérents.

Donne ? Oui, oui ! Du moins en échange d’une adhésion à l’association allant de 40 à 120 euros selon les ressources, adhésion qui permet aux débutants d’accéder par là-même aux ateliers d’entraide.

Derrière ce projet se cache d’abord un long démarchage auprès d’entreprises et de collectivités, afin de les convaincre de ne pas jeter leur parc informatique. Pour faciliter cette tâche, un site internet national essaie d’ailleurs de mettre en contact les acteurs du reconditionnement, les particuliers dans le besoin et les professionnels qui souhaiteraient léguer leur matériel obsolète :  Ordi3.0. On y trouve, pour chaque région, des associations comme Nâga (Snalis, Alis44...).

Reconnecter les publics déconnectés mais pas que

En plus de la prévention et de la revalorisation des déchets informatiques, Nâga tente de créer une vraie « connexion » avec les publics éloignés du numérique. « Les adhérents venus bénéficier d’un PC sont souvent des personnes peu familiarisées avec les bases de l’informatique, ne serait-ce que le « clic » de la souris  ».

« Des personnes âgées, par exemple, ou des femmes dont le mari décédé était le seul à se servir de l’ordinateur. » L’occasion pour l’asso de les aider à raccrocher les wagons puis de les rediriger vers les organismes luttant contre « l’illectronisme ». Le public reste cependant très varié : « ça peut aussi bien être un chef d’entreprise qui a besoin de quelques ordinateurs et logiciels à moindre coûts pour se lancer ».

La culture du logiciel libre en partage

Engagés dans une autre approche de l’informatique et de la consommation, les acteurs du reconditionnement revendiquent souvent l’utilisation des logiciels libres. Des logiciels collaboratifs fruits de la culture du partage, dénués de toute dépendance commerciale. Une vraie alternative aux logiciels à licence payante type Windows ou Mac. Une façon de contourner le marché de l’industrie high-tech et de réinventer des nouvelles manières de consommer solidairement. C’est également le parti pris du collectif Emmabuntüs qui développe un système d’exploitation libre prévu pour simplifier le reconditionnement en logiciel libre du matériel informatique donné à Emmaüs ou à d’autres associations.

« L’avantage d’évoluer dans le monde des logiciels libres, en plus d’éviter les virus, c’est qu’on ne paie ni son système (habituellement compris dans le prix de l’ordinateur pour environ 200 €), ni les logiciels (rien que le pack de bureautique Windows coûte 150 €) »

Ces logiciels sont des outils fabriqués par des communautés d’informaticiens ou de passionnés, mettant leurs connaissances au service de tous. La « philosophie du libre » part du principe que tout le monde a le droit de comprendre l’intérieur de la machine ou d’un concept, de le modifier et de le redistribuer. Ces logiciels sont donc améliorables par qui veut mettre « les mains dedans », contrairement aux licences payantes.

Créés par des universités, des entreprises ou des laboratoires indépendants, ils sont donc la plupart du temps gratuits et en perpétuelle évolution. Vous en utilisez peut-être sans le savoir : Firefox, OpenOffice, Gimp, VLC… « Il existe plus de 40.000 logiciels, qu’on peut trouver sur la logithèque (une bibliothèque de logiciel) ». Cela sans débourser un centime ni télécharger quoique ce soit illégalement !

Pour que chacun puisse trouver seul les solutions à ses problèmes informatiques. Bref, n’en jetez plus !

Mathilde