Les derniers Jedi [SPOILERS]

À l'image d'un Dark Vador, icône incontournable de la première trilogie imaginée par George Lucas -pour les fans comme pour le très grand public-, Kylo Ren n'est effectivement pas le personnage qui a le droit au plus de répliques ou de temps passé à l'écran dans « Les derniers Jedi ». Et pourtant, sublimé par l'interprétation d'Adam Driver, il s'impose naturellement comme celui qui a le plus de potentiel et dont l'avenir est le plus fascinant.

 Tout au long des 150 minutes que dure le film, on en apprend davantage sur lui, sans jamais avoir la possibilité de se faire un avis définitif. Imprévisible, il déroute à chaque décision qu'il prend. Dominant, il se révèle capable de vaincre n'importe quel adversaire. Hors de contrôle, il échappe à tous les carcans stéréotypés des personnages de l'univers bâti au cours de quatre décennies de culture populaire.

Puissant et manipulateur

On découvre notamment qu'au cours de sa formation, Kylo Ren était si puissant et en même temps tellement attiré par le côté obscur de la Force que Luke Skywalker (Mark Hamill), son premier maître avant qu'il ne bascule totalement, a pensé un instant l'assassiner dans son sommeil. Réveillé, le jeune homme réalise alors ce qui aurait pu se produire et déchaîne sa puissance destructrice.

Comme on l'apprend dans l'épisode VIII, c'est ainsi qu'a été détruit le nouveau temple Jedi que Skywalker tentait de bâtir. Et dans les combats qui ont suivi, Kylo Ren est parvenu à tuer tous les apprentis qui lui résistaient, et à en embrigader d'autres pour rejoindre le mystérieux ordre des chevaliers de Ren, probablement des adorateurs du côté obscur si l'on en croit la bibliographie canonique de l'univers de "Star Wars".

Avide de pouvoir, celui qui est né sous le nom de Ben Solo est prêt à toutes les manipulations, notamment pour se défaire de l'emprise de son maître Sith, le mystérieux Leader Suprême Snoke. Si les autres Sith de l'univers étaient généralement dévoués à leur maître, Kylo Ren, lui, n'a aucun scrupule à se débarrasser du sien pour acquérir encore plus de pouvoir. Il va ainsi réussir à faire croire à Rey (Daisy Ridley) qu'il veut l'aider à éradiquer le Premier Ordre pour que celle-ci l'aide à tuer Snoke et sa garde prétorienne, ces soldats tout de rouge vêtus à la maîtrise pratiquement parfaite des arts martiaux.

Le nouveau patron du côté obscur

Pour cela, il noue une relation de confiance avec la jeune héroïne de la saga, au point presque de lui voler la vedette. Car non, Kylo Ren n'est pas un personnage secondaire de cette troisième trilogie Star Wars. Alors que l'on avait découvert un jeune homme fragile, parfois moqué pour ses colères caricaturales à la sortie de l'épisode VII, il devient ici un méchant crédible et déroutant d'imprévisibilité, même si son caractère immature resurgit encore par moments.

À l'inverse d'un Dark Vador qui retrouvait la lumière une fois arrivé au bout de sa vie et affaibli par la vision de son fils torturé, Kylo Ren, lui, fait preuve de malveillance jusque dans sa relation avec Rey. Une fois sa tâche accomplie, il finira par se retourner contre son alliée de circonstance pour s'asseoir sur le trône de Snoke et régner sur le Premier ordre.

Des qualités de leader évidentes

C'est d'ailleurs passé cette prise de pouvoir aussi soudaine que déroutante -qui permet à Kylo Ren de tuer son maître dans ce qui restera sans doute l'une des scènes les plus marquantes et les plus réussies des "Derniers Jedi"- que son personnage prend une dimension exceptionnelle pour la suite de la saga.

Sans un Snoke dont on n'apprendra finalement pratiquement rien, Kylo Ren le torturé devient subitement l'antagoniste principal de la nouvelle rébellion, un personnage extraordinairement complexe et machiavélique, d'une puissance rarement vue chez les Sith tout au long des sept volets précédents. Il affirme également ses ambitions de domination galactique en réduisant au silence Hux, le « roquet » qui mène les armées du Premier ordre et rêve quelques secondes d'y régner seul une fois Snoke éliminé, en utilisant le pouvoir de constriction cher à Dark Vador.

On retrouve d'ailleurs ici un parallèle assumé entre Vador et Ren. Dans l'épisode V de la trilogie originelle, "L'Empire contre-attaque", Anakin Skywalker (ou Dark Vador) annonçait à Luke qu'il était son père, lui proposant de régner conjointement sur la galaxie. Dans l'épisode VIII, Kylo Ren en fait de même avec Rey, là encore sans succès. Mais alors que Vador se rêvait en leader de l'Empire, Kylo Ren prend réellement le contrôle du Premier ordre. Il tue Snoke et passe du statut d'homme de main qui était celui de Vador à celui de chef de la maléfique organisation qu'est le Premier ordre.

Antihéros démasqué

Débarrassé d'un casque aussi inutile dans le film qu'il était intrigant sur le papier, le visage couturé de cicatrices et l'âme vengeresse, Kylo Ren termine le film animé de la même fureur qu'à l'accoutumée. Sauf que cette fois, il est seul aux commandes de sa destinée, débarrassé d'un Luke Skywalker qui a fini par se sacrifier pour sauver les restes de la rébellion et plus imprévisible que jamais.

Son dernier affrontement avec Skywalker montre d'ailleurs à la perfection à la fois sa détermination et sa rage immature. Au point d'en faire le personnage qui réservera sans doute le plus de surprises lors du dernier volet de la trilogie, et peut-être de s'établir comme le véritable héros de cette nouvelle saga.

Jean-Pierre