Les chansons de la coupe du monde

Carton rouge

Les équipes ont rarement droit au meilleur de la musique pour les encourager.

1. New Order

World in Motion

La Coupe du monde de la chanson la plus classe composée en l’honneur d’une équipe de foot est décernée haut à la main à New Order. La bande de l’hargneux bassiste Peter Hook fut choisie en 1990, en pleine folie acid-house, pour écrire une ode à l’équipe nationale. Un peu comme si on demandait à Laurent Garnier de produire une chanson pour les Bleus. Improbable, mais tout à fait envisageable outre-Manche. Au départ, le groupe voulait intituler le morceau E for England, ce qui signifie surtout «E for Ecstasy», mais la Fédération anglaise de foot a flairé l’embrouille. Perfectionnistes, les anciens Joy Division ont même invité en studio les footballeurs anglais à faire les chœurs sur le morceau. Sauf que les multiples bouteilles enquillées par les joueurs et les musiciens vont rendre l’enregistrement épique, comme le raconte Hook dans son excellente autobiographie Substance Inside New Order. Malgré une place de numéro 1 dans les charts anglais, ce sera le dernier disque des Mancuniens sur le label Factory, qui fera faillite quelques semaines plus tard. Tristesse.

2. Hermes House Band

I Will Survive

Depuis vingt ans, il ne se déroule plus en France un baptême, un mariage, une bar-mitzvah, une fête de l’Aïd, voire un enterrement, sans que quelqu’un ne joue cette chanson, devenue symbole de la Coupe du monde 1998 et plus particulièrement de l’équipe de France, triomphante cette année-là. Légende ou pas (on n’a pas osé demander à Zizou), il paraîtrait que c’est Vincent Candela, simple doublure du défenseur Bixente Lizarazu, qui, en jouant la chanson dans le vestiaire des Bleus après chaque match, a popularisé ce groupe hollandais spécialisé dans la reprise en version baloche. On leur doit aussi un massacre en règle de Can’t Take My Eyes Off You de Frankie Valli et de Come on Eileen des Dexys Midnight Runners. A cause d’eux, nous ne pourrons plus jamais écouter la version originale, signée de la diva disco Gloria Gaynor.

3. Johnny Hallyday

Tous ensemble

En 2002, l’équipe de France est au sommet du football mondial : championne du monde en 1998 («Et 1, et 2 et 3-0») et championne d’Europe en 2000. Lorsqu’elle débarque en Corée du Sud pour défendre son titre, on pense que c’est «fingers in the nose». Sauf que le magicien Zidane est blessé, et les têtes ont sans doute trop enflé. Résultat : la délégation française reprend l’avion pour Paris, éliminée dès le premier tour de la compétition. Avec dans le rôle du chat noir : Johnny Hallyday. On sait, il n’est pas beau de se moquer d’un défunt, mais Tous ensemble, chant officiel de l’équipe de France, n’est pas loin d’être la pire bouse enregistrée par feu le mari de Laeticia. Beuglant, mais sans y croire une seconde, «Oh les champions, on est tous ensemble, c’est le grand jeu, la France est debout» sur fond musical lourdingue, façon chorale eurodance, Johnny mérite l’expulsion directe. Trop tard.

Shakira

Waka Waka

La musique que l’on a le plus entendue lors de l’édition 2010 de la Coupe du monde en Afrique du Sud, c’est sans aucun doute le doux (on plaisante) son des vuvuzelas. Ces trompettes lo-fi au son ultra-strident, spécialité des ambiances sportives du pays de Mandela, sont une arme redoutable lorsqu’elles sont mises entre les mains, ou plutôt les bouches, de supporteurs de foot passablement éméchés. Elles ne sont heureusement pas présentes dans la chanson officielle de l’événement, qui est joyeusement entonnée par celle qui est aussi madame Piqué dans la vie. Madame qui ? Précision : Shakira est l’épouse de Gérard Piqué, défenseur espagnol du FC Barcelone, qui apparaît même dans le clip de la chanson. Cela lui a porté chance puisqu’il remporte le titre avec l’Espagne cette année-là. Et l’équipe de France ? Euh, elle est restée dans le bus.

Will Smith, etc.,

Live It Up

Tous les quatre ans, le suspense est insoutenable lorsqu’arrive la révélation de l’heureux élu sur lequel on pourra tamponner l’étiquette magique «chanson officielle de la coupe du monde». Cette année, l’hymne, tout comme le foot, est une affaire d’équipe. Mais est-il possible de parler de «dream team» ? Sur le papier, ça y ressemble. Il y a Will Smith qui, avant d’être un «man in black», était surtout connu pour ses talents de rappeur avec son complice Jazzy Jeff, mais aussi le producteur Diplo, qui marque des buts à chaque fois qu’il met ses pattes sur un morceau. Plus la star américaine du reggaeton, Nicky Jam. Sans oublier la jeune chanteuse Kosovar Era Istrefi, dont le plus grand fait de gloire demeure une première place dans les charts bulgares en 2016 avec BonBon. Mais aujourd’hui avec cette chanson, ce serait hélas plutôt MauvaisMauvais.

Laurent