Le plastique est sans avenir

Le plastique est apparu au début du 20ème siècle, mais il n'a connu son essor planétaire qu'après la seconde guerre mondiale. L'essor de la production de plastique a été extraordinaire, tout comme la croissance des déchets qui en découle. En guise d’exemple, la part de plastiques parmi les déchets municipaux a augmenté de 1% en 1960 à plus de 10% en 2005, dans les pays dits développés.

Or, l’écrasante majorité des plastiques utilisés couramment, dérivés des hydrocarbures fossiles, ne sont pas biodégradables. Résultat : ils s’accumulent, au lieu de se décomposer, dans les déchetteries ou l’environnement naturel. Car il n’existe qu'un seul moyen de se débarrasser définitivement des déchets plastiques : il faut les brûler. Mais ce n'est pas le sort que connaissent la plupart de ces déchets plastiques : bien souvent, ils contaminent à très long terme les écosystèmes.  Les générations futures retrouveront des traces de notre civilisation à travers le plastique que nous laissons derrière nous.

100 000 mammifères marins tués chaque année

Des montagnes d'ordures plastiques gisent dans les océans, les déchetteries, ainsi que dans les réserves d’eau douce (rivières, fleuves) et les écosystèmes terrestres. Le plastique s'est immiscé partout par notre action. D'ici 2050, les auteurs de l'article estiment que l'accumulation va s'accélérer et atteindra les 12 milliards de tonnes.

Tout le monde connait aujourd'hui l'emblématique « grande poubelle du Pacifique », une aire marine où se concentrent les détritus du monde jusqu'à former un septième continent de déchets en surface. Comme en d'autres lieux, le plastique en surface empêche la lumière de pénétrer dans l’eau, et donc le développement des organismes photosynthétiques végétaux nécessaires à l’alimentation des animaux herbivores. Dans les océans, on retrouve ainsi des déchets jusqu’à 4 500 mètres de profondeur, et jusqu’à 20 kilos au fond des estomacs de baleines. Car celui-ci fait aussi son chemin dans les organismes, sous forme de microparticules, parfois même jusqu’au consommateur. Au total, on estime que 100 000 mammifères marins meurent chaque année en ingérant du plastique (à titre de comparaison, la flotte japonaise tue 330 mammifères marins par ans). 1 million d’oiseaux confondent des résidus plastiques flottant avec de la nourriture.

Pour l’instant, on estime mal les risques pour les organismes humains. Plus l'animal est placé en haut dans la chaine alimentaire, plus il est contaminé par les plastiques. Pour l'Homme, la consommation cumulative de faibles doses de ces contaminants chimiques pourrait s’avérer déterminante dans le développement de certaines maladies. Les chercheurs cherchent.

Comment en est-on arrivé là ?

Les scientifiques estiment qu’entre 5 et 13 millions de tonnes de déchets sont jetés dans l’océan chaque année. La pollution des petites rivières, des cours d’eau, et des terres est de plus en plus courante. Et il ne s’agit pas seulement des bouteilles et des emballages qui font maintenant partie de n'importe quel séjour à la plage. Ce qui pollue notre eau et notre nourriture est en grande partie invisible : il s'agit de morceaux microscopiques de fibre synthétique, provenant notamment des vêtements !

Ce qui explique l'essor fabuleux de la production de plastique sans fibre au 20ème siècle, c'est surtout son utilisation pour les emballage des objets quotidiens, et pour la construction (BTP). Cependant, la grande majorité du plastique produit depuis 1950 n’est plus en usage : sur les 8 milliards de tonnes produites, déjà plus de 6 milliards ont été jetées. Que sont ensuite devenus ces déchets plastiques ? Selon les scientifiques, seulement 12% ont été incinérés pour s'en débarrasser de façon permanente ; 9% ont été recyclés, ce qui ne fait délayer la date de péremption ; et enfin, 60% (!), soit 5 milliards de tonnes, sont actuellement dans les déchetteries ou éparpillées au petit bonheur la chance dans l'environnement.

Le recyclage est-il une solution ?

En Europe, 30% du plastique sans fibre est recyclé, 40% brûlé. Aux États-Unis, et dans le reste du monde selon les auteurs, environ 9% est recyclé, et 16% brûlé. Si l’on suit Roland Geyer, l’auteur principal de l’étude, le recyclage n’est pas, hélas, le remède tout trouvé à la mondialisation de la pollution plastique. Le seul bénéfice du recyclage, c’est qu’il devrait réduire la quantité de nouveau plastique à produire. Mais pour l’instant, selon lui, « Nous n’évaluons pas très bien dans quelle mesure le recyclage réduit la production primaire »… Quant à l’incinération, en plus de relâcher des gaz toxiques dans l’air, elle n’enraye guère la croissance quasi exponentielle de la masse de déchets plastiques.

En quelque sorte, le plastique est victime de son succès dans un contexte de Croissance ininterrompue de la civilisation humaine. Si le plastique tient aujourd’hui une telle place dans la production industrielle, c’est parce qu’il est durable, pas cher et très résistant. Or, ce sont précisément les raisons pour lesquelles il est très difficile de s’en débarrasser, techniquement, et économiquement. Il ne manque pourtant pas d’alternatives aujourd’hui à ce plastique d’origine fossile. Pour pratiquement chaque production, il existe un matériau alternatif et naturel. Nombre de nos emballages pourraient également être évités. Mais ceci nécessite de changer de fond en comble un appareil productif qui s’est implanté durablement dans le paysage industriel mondial. Alors, que faire ?

Zoé