Le cerveau nous rend borné

Avez vous déjà remarqué comment certains campent sur leurs positions et n'en démordent pas, même si les preuves qu'ils ont tort s'accumulent devant leurs yeux ? En fait, nous le faisons tous à notre insu. Car notre cerveau se focalise sur les informations qui confirment nos croyances... et reste aveugle et sourd à celles qui les infirment.

Ce biais, appelé biais de confirmation, est l'un des plus fréquents et des plus pernicieux. Il a été très étudié notamment au sein de la population américaine, entre ceux qui sont convaincus de l'exitence du réchauffement climatique et ceux qui en doutent.

En 2016, Tali Sharot, une neuroscientifique américaine a mené une expérience sur 2 groupes de volontaires, les premiers plutôt enclins à croire à l'existence du réchauffement climatique et au fait qu'il fallait agir, et les secondes n'y croyaient pas trop. Elle a regardé comment ils réagissaient quand on leur annonçait que, selon les toutes dernières estimations des spécialistes, le réchauffement serait pire que prévu si l'on ne faisait rien : la température de la Terre augmenterait de 14°C.

Résultat ? Ceux qui penchaient déjà pour l'existence du réchauffement ont durci leur position, affirmant qu'il était urgent de prendre encore plus de mesures.

En revanche, cette nouvelle info n'a eu aucun effet sur l'opinion des sceptiques. Si, au contraire, l'info donnée aux deux groupes était que les chercheurs estimaient que, finalement, la hausse de température serait bien importante que prévu, c'étaient les convaincus du réchauffement qui campaient sur leurs positions, tandis que les ceptiques étaient encore plus confortés dans l'idée qu'aucune mesure dragstique ne s'impose !

Dialogue de sourds

Cette expérience le montre clairement, les informations supplémentaires n'aident pas des opinions très tranchées à converger. Au contraire, elles les éloignent encore plus, chacun n'étant sensible qu'aux infos qui vont dans le sens de ses convictions.

Voilà pourquoi, sur des sujets de société comme les vaccins, la peine de mort ou le port d'armes, on a tendance à être franchement pour ou franchement contre, mais rarement entre deux. Le mécanisme est vraiment sournois car sans même s'en rendre compte, on va lire surtout des articles qui vont dans notre sens, et on va se rendre sur des sites ou des réseaux sociaux ou la plupart des personnes partagent nos idées...

Pire, si une info contradisant notre conviction nous parvient, notre cerveau a tendance à ne pas l'intégrer du tout ! Cela a été montré par des techniques d'imagerie médicale.

Ce biais de confirmation, on en est victime tout le temps, y compris dans les situations du quotidien. Par exemple si vous êtes sur qu'un copain profite de votre gentillesse, vous ne cesserez de remarquer les fois où vous lui avez rendu service, sans voir toutes celles où il vous a renvoyé l'ascenceur.

Prisonniers de nos convictions

C'est aussi ce biais qui nous pousse à croire en des choses irrationnelles. Si vous êtes convaincu que la pleine lune perturbe le sommeil, vous repérerez toutes vos nuits d'insomnies où la lune est pleine, mais vous oublierez de compter les nuits de pleine Lune où vous avez bien dormi. Au final, ce biais nous emprisonne dans nos jugements et nos opinions, et nous empêche de peser le pour et le contre.

A ce stade, vous vous dites que c'est surement vrai pour les autres, mais pas pour vous, qui êtes plutôt du genre réfléchi...

ET que ce biais doit surtout ce manifester quand le grand public fait face à des sujets trop complexes pour lui. Eh bien, sachez qu'être intelligent ou cultivé ne protège pas du biais de confirmation au contraire !

PLUS ON SE CROIT MALIN, PLUS ON SE LAISSE BERNER FACILEMENT

Une expérience menée par des chercheurs américains l'a démontré. Ces psychologues ont d'abord évalué le raisonnement mathématique d'un millier de personnes. Puis ils ont demandé à certaines de résoudre un problème de maths dans lequel il fallait déterminer si oui ou non une crème anti démangeaison était efficace : il fallait utiliser quatre chiffres seulement, mais à mettre en équation de façon un peu compliquée. Logiquement les plus matheux du groupe s'en sont les mieux sortis.

D'autres participants à l'étude ont été confrontés à un problème un peu différent identique en tout point au premier sauf que le sujet n'était pas l'efficacité d'une pommade, mais celle d'une loi qui limiterait le nombre de civils autorisés à posséder une arme. Un sujet qui fait grand débat aux Etats Unis, et sur lequel chacun a forcément une opinion personnelle. Et là surprise ! Les forts en maths ont été bien plus nombreux à commettre des erreurs. Du moins ceux dont les convictions se retrouvaient en contradiction avec le vrai résultat du problème. Alors qu'on se serait attendu à ce que les matheux soient les plus aptes à mettre de côté leur opinion pour raisonner de façon rationnelle, ils ont utilisé leurs compétences, à leur insu, pour détourner les chiffres et arriver à la conclusion faussi qui confirmait leurs idées.

Puissant le biais de confirmation !

Noémie