La politique du Clitoris

L’anatomie est politique

« Le corps ne parle pas tout seul ». Pour découvrir, connaître et enfin s’approprier une partie de son corps, il faut d’abord le définir, et pour le clitoris, le chemin a été et demeure aujourd’hui encore semé d'embûches.

Chez les femmes, on s’est longtemps contenté d’étudier le sexe féminin du seul point de vue de la reproduction. Or, chaque femme abrite un organe exceptionnel : le clitoris seul organe dédié exclusivement au plaisir. Avec ses 8 000 terminaisons nerveuses, il est aussi l’organe le plus sensible qu’on puisse trouver chez l’être humain.

« On ne parle plus aujourd’hui de clitoris, on parle de complexe clitoridien pour désigner le fait que le clitoris n’est pas seulement cette partie externe que nous connaissons, mais qu’il est également constitué d’une partie interne avec des bulbes, un pilier, tout un ensemble qui est relié à l’extérieur et qui forme un organe qui peut faire presque 10 centimètres de longueur. »

Avec des spécificités aussi extraordinaires, comment expliquer qu’il n’ait été découvert qu’à la Renaissance, que sa représentation en 3D n’aie été élaborée qu’en 1998 et qu’aujourd’hui encore, il ne soit représenté que dans un manuel scolaire sur huit ?

Le clitoris est entré dans une ère publique

Qu’est-ce que ça change pour une petite fille de savoir qu’elle a quelque chose [entre les jambes] et non pas qu’elle est définie par le manque ou « le rien », comme cela a longtemps été formulé dans la théorie psychanalytique ?

« Savoir à propos de nos organes et de notre sexualité, c’est politique, dans le sens où ce que l’on sait à propos de soi et de l’intime, ça donne ou non des marges de manœuvre. Pour l’essentiel, la sexualité des femmes est réprimée en dehors de la finalité de la reproduction et du mariage dans la plupart des sociétés humaines. »

En bref : It’s not a Bretzel ..

« Le clitoris est entré dans une ère publique. Il est devenu un organe qu’on peut montrer dans l’espace public, sur les trottoirs, dans la cité. Ce sont des formes d’appropriation activistes qui obligent à discuter, apprendre, se questionner. »

« Un quart des filles de 15 ans ne savent pas qu’elles possèdent un clitoris, et 83% d’entre elles ignorent sa fonction érogène. »

« Le privé est politique. Reconquérir une connaissance à propos des manières dont ont peut atteindre la jouissance, et reconnaître que l’orgasme peut être clitoridien, qu’il peut être sans pénétration, ou sans présence masculine, c’est reconquérir des marges de manœuvre importantes, pour soi, pour le groupe des femmes. »

En Orient comme en Occident, hier et aujourd’hui, pour les femmes hétérosexuelles et les lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres, le clitoris, sa connaissance et son appropriation, sont bel et bien politiques.



Jules