Histoire de Soulac-sur-Mer

La résurrection d'un petit village de bord de mer

Il était une fois, presque à la fin des terres médocaines, l'histoire de la résurrection d'un petit village d'irréductibles appelé aujourd'hui Soulac-sur-Mer. C'est le cardinal Donnet qui, après une visite en ces lieux reculés de la pointe du Médoc, prit la décision de faire désensabler la basilique Notre-Dame-de-la-Fin-des-Terres, en 1859. En effet, telle la Belle au bois dormant, le monument, recouvert en partie par les sables, sommeillait ainsi depuis deux siècles.

Avant de devenir cette si jolie station balnéaire, on sait que le site fut habité depuis des temps très anciens (on trouva sur la plage les restes d'un éléphant datant de 125 000 ans av. J.-C.!) et l'on cite souvent les écrits d'Ausone comme témoins de la vie de l'époque de l'occupation romaine.

Beaucoup de légendes circulent sur Soulac qui aurait succédé à une ville et à un port important nommé Noviogamus. Au VIe siècle, la cité romaine aurait disparu sous l'Océan et serait encore visible à travers les flots par marée très basse. On raconte aussi qu'une île, celle d'Antros, prolongeait la péninsule médocaine. On sait également qu'une voie romaine, dite la Lébade, conduisait du Taillan au Médoc.

On retrouva des sarcophages monolithes à la fin du XIXe siècle à quelques mètres à l'est du chevet de la basilique, attestant d'un très ancien lieu du culte dès le haut Moyen Age. Au Moyen Age, la ville était une des étapes, avec sa basilique bâtie au XIIe siècle et dépendant alors de l'abbaye Sainte-Croix de Bordeaux, du pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle. Le port de Soulac se serait alors appelé Sainte-Marie-de-Soulac et aurait été fréquenté par les galères royales.

On sait qu'au XIVe siècle, la ville semblait assez importante et comprenait une vingtaine de rues, et qu'à ses côtés, l'on trouvait également la paroisse de Lilhan,  située non loin du lieu connu aujourd'hui sous le nom de L'Amélie-sur-Mer.

Toute la région fut témoin de batailles sanglantes au moment des guerres incessantes qui secouèrent le pays. Un inventaire du 9 juillet 1628 nous dit que Soulac possédait également des reliques considérables conservées minutieusement par les curés de la paroisse. Chaque année, depuis le XVIe siècle, ce trésor était confié secrètement à un nouveau gardien choisi parmi les marguilliers par l'assemblée paroissiale.

Le temps d'une vie paisible n'était cependant pas encore venu pour Soulac. En raison des conflits religieux du XVIe siècle, les moines bénédictins vivant alors sur le flanc nord de la basilique durent s'enfuir. C'est au cours de ce même siècle, troublé s'il en est pour le village, que ses habitants fuirent (1744 est la date officielle de l'abandon de la basilique) devant l'envahissement des sables, se rabattant sur Soulac-le-Jeune, nouveau bourg créé à cette occasion non loin du premier, un peu plus dans les terres. Il faudra attendre la visite du cardinal Donnet pour réveiller ces pierres endormies et ramener par la même occasion les moines bénédictins.

C'est grâce à l'ingénieur Brémontier et aux semis de pins qui prospérèrent merveilleusement sur cette terre que furent fixées puis immobilisées ces dunes vagabondes. S'inspirant de la mode des bains de mer importée en France en 1820, Antoine Trouche, hôtelier de Lesparre, obtint une première concession de Soulac en 1849 afin d'y installer un établissement. Modestes débuts suivis, de 1857 à 1864, de la vente de cette concession, prolongée au nord et au sud par les ventes aux enchèrent publiques de terrains. L'ensemble constituait Le Bain des Olives, premier nom de la station balnéaire.

Dès lors, les choses vont s'enchaîner : tandis que sont entrepris les travaux de désensablement de la basilique, attirant nombre de fidèles venus en pèlerinage, le comte Edouard-Ernest Lahens, en 1863, se porte acquéreur de la majeure partie de la forêt de Soulac. Les projets de lotissements vont se succéder, lentement mais sûrement, après l'établissement de la voie ferrée Bordeaux - Le Verdon.

C'est donc grâce au développement de la voie ferrée et à la mode des stations balnéaires que le Vieux Soulac, rebaptisé pour l'occasion Soulac-les-Bains, va achever sa résurrection.

Si Soulac connut bien des événements par la suite, c'est surtout à la Belle Epoque que la commune mena une vie foisonnante.

Si ce sont des raisons purement commerciales qui poussèrent les promoteurs à investir à Soulac, leur prétexte médical était pourtant une réalité.

L'immersion dans l'eau froide de la mer ne possédait que des vertus et cela est toujours vrai à ce jour pour le plus grand bonheur de tous.

Noémi