Ghana, la décharge du monde

Agbogbloshie, banlieue d’Accra au Ghana, en Afrique de l’Ouest, est la plus grande décharge électronique à ciel ouvert d’Afrique.

Les locaux l’affuble parfois du nom particulièrement symbolique, Sodome et Gomorrhe. Ici, tous les jours, ce sont des tonnes de nouveaux déchets électroniques qui viennent s’empiler. Certains proviennent des villes alentours. Mais la majorité d’entre eux ont été transportés jusqu’ici depuis l’Europe et les États-Unis par des immenses cargos. En effet, une très large partie de nos déchets électroniques sont exportés dans des pays « en développement » tellement la tâche est difficile et laborieuse… À ce sujet, la Chine a récemment annoncé sont intention d’interdire l’importation de nombreux types de déchets sur son territoire, ce qui inévitablement va générer une charge supplémentaire pour les pays qui les acceptent.

Décharge dantesque à perte de vue

Au milieu de ce paysage, où les fumées qui émanent des feux dans lesquels les objets sont brûlés pour séparer les métaux des plastiques piquent les yeux et ajoutent au lugubre, les travailleurs – souvent des personnes qui habitaient auparavant des zones rurales du pays mais ne subsistaient que difficilement – réparent les électroniques, trient et récupèrent les métaux des circuits, dans l’espoir de les revendre. Les objets, qui ne sont pas (trop) endommagés sont revendus sur le marché local. En l’absence de toute protection, ces hommes et femmes – parfois encore adolescents – sont continuellement exposés à la pollution et aux matières nocives contenues dans les restes d’ordinateurs, téléphones, frigos et machines à faire la vaisselle… 

L'humanité génère désormais de l’activité économique par « le désastre » et inversement.

Les taux d’arsenic, cadmium et de plomb sont particulièrement élevés dans la région, polluant eau, air et sols et menaçant la santé des habitants et des habitantes, ce qui conduit à une catastrophe environnementale et sociale quotidienne.

Des déchets orphelins

La provenance précise de ces quantités colossales de déchets fait parfois l’objet de débats.

En principe, les déchets électroniques non réparables en provenance de l’Union européenne ne devraient pas se trouver ici. En effet, la convention de Bâle de 1989 interdit aux signataires, dont les pays de l’UE font partie, le transfert des produits dangereux vers des pays « moins regardants » d’un point de vue environnemental, sauf quand il s’agit de les réutiliser ou de les réparer.

L’astuce pour contourner cette législation coule de source. Se conformant au règlement, il est donc fréquent de voir des cargos chargés d’électroniques quitter les docks d’Amsterdam sous le label « occasion ».

En 2009, 30 % des électroniques importés en Afrique de l’ouest n’étaient pas en état de fonctionnement et la moitié de ces derniers ne pouvaient pas être réparés…

L’Afrique subit la double peine fournir à la fois de très nombreuses matières premières qui composent nos technologies de pointe, et en assumer la fin de vie polluante après utilisation. Plus que jamais, le « local » et le « zéro déchet » prennent tout leur sens.

Voir les photos de la décharge sur le site du photographe Romano Maniglia

Aurore