Faut-il avoir peur des goélands ?

Attaques de petits chiens, coups de bec sur la tête des passants, vols de frites à l'arraché...

« Les méfaits des goélands dans les villes du bord de la mer reviennent sur le devant de la scène chaque année, surtout en juin-juillet, la période d'élevage des poussins », explique Bernard Cadiou, ornithologue. « En fait ils essaient simplement de protéger leurs petits ou de se nourrir. »

Le problème, c'est l'augmentation continuelle des effectifs de goélands en zone urbaine, alors que certaines colonies installées dans la nature voient leurs effectifs baisser de moitié tous les 10 ans. Au début du XXe siècle, en Europe, les effectifs étaient au plus bas, du fait notamment, que les habitants du littoral consommaient leurs oeufs. Ils ont ensuite bénéficié d'une protection légale puis, dans les années 1970, de la multiplication des décharges d'ordures en plein air, et des rejets importants du secteur des pêches maritimes.

D'où un fort accroissement démographique. La fermeture des décharges et une gestion plus « propre » des déchets de pêche les ont conduits à chercher d'autres sources de nourriture. Ils ont alors commencé à gagner les villes pour faire les poubelles, et à installer leurs nids sur les toits des immeubles aux prédateurs comme aux hommes.

« Le taux de survie des jeunes est ainsi deux fois et demie plus élevé en ville, alors que les colonies installées dans la nature voient leurs effectifs baisser de moitié chaque année », précise Bernard Cadiou. Pour lutter contre cette évasion, des opérations de stérilisation des oeufs, par pulvérisation d'huile à leur surface, ont été lancées en 1995, au Havre et à Brest.

Mais il est extrêment difficile de stériliser ainsi tous les nids. « Après plusieurs échecs de leurs couvées, les goélands lèvent le camp. La stérilisation ne fait donc que déplacer le problème vers les sites les moins accessibles et d'autres quartiers ou d'autres villes », résume l'ornithologue. Une approche plus globale consistant à identifier leurs sources de nourriture pour leur en interdire l'accès, et à aménager les toits pour les rendre moins accueillants pour eux, serait sans doute plus efficace.

Jean-Pierre