Facebook a besoin de règles

Dans l'empire Facebook, la France est une colonie de choix. Chaque jour, la moitié des Français se connecte sur le réseau social. Quel service public peut en dire autant ? D'après le fondateur Mark Zuckerberg leur position vient du succès des services proposés au public. Et personne n'oblige des millions de Français et 1,5 milliard d'êtres humains à utiliser tous les jours Facebook, WhatsApp ou Instagram…

Mais ce succès planétaire induit certaines obligations. Mark Zuckerberg a fini par l'admettre. Ebranlé par le scandale Cambridge Analytica, fustigé pour son arrogance, accusé de favoriser les manipulations de l'opinion dans les grandes démocraties ou d'offrir une fenêtre mondiale de publicité aux terroristes après la diffusion des images de la tuerie de Christchurch, le réseau social mesure aujourd'hui sa responsabilité planétaire.

« Nous avons besoin de règles pour trouver le bon équilibre entre liberté d'expression et modération des contenus », a confié Mark Zuckerberg lors d'une rencontre avec quelques journalistes. Et « le gouvernement français a fait un excellent travail, dans le détail, pour élaborer des règles », a-t-il estimé après sa rencontre vendredi avec le président de la République.

« Juste milieu »

Le fondateur de Facebook reconnaît que les Gafa ont évolué sur le sujet : « Les grands de l'Internet ont longtemps pensé qu'il fallait le moins de régulation possible. Dans le même temps, on a vu des régimes autoritaires mettre en place des normes donnant à leurs gouvernements l'accès à toutes les données. Je crois qu'il faut trouver un juste milieu entre un régime très peu régulé et un autre très draconien. »

Pour mieux contrer les contenus haineux ou terroristes qui circulent sur Internet, Facebook compte aussi sur l'intelligence artificielle (IA). C'est d'ailleurs en France qu'il dispose du plus grand centre sur le sujet hors des Etats-Unis. Grâce à l'IA, Facebook se dit aujourd'hui capable de stopper quasiment en temps réel 99,6 % des contenus à caractère terroriste, un progrès salué par les administrations.

Selon Mark Zuckerberg, les réseaux sociaux font face à un autre grand défi avec les messageries privées . « Un peu comme dans la vraie vie, vous avez un espace public qui obéit à certaines règles et vous avez votre espace privé, chez vous. Les règles qui s'appliquent dans votre salon ne sont pas les mêmes que celles qui s'appliquent dans la rue. » Définir des règles est essentiel pour Facebook, qui veut continuer d'exister aussi dans cet espace très privé.

Sur WhatsApp par exemple, les messages sont chiffrés de bout en bout et donc inaccessibles par le réseau social. Facebook ne peut qu'identifier les comportements inhabituels. Par exemple, lorsqu'un nouvel utilisateur rejoint d'emblée de très nombreux groupes de discussion. « Nous pouvons explorer les métadonnées, c'est-à-dire la façon dont certains comptes agissent, mais pas le contenu des conversations à proprement parler », expliquait vendredi Nick Clegg, le directeur des affaires publiques de Facebook, lors d'un échange à Paris avec la presse.

Pour les modérer, Facebook peut néanmoins s'appuyer sur les signalements des autres utilisateurs. Le réseau social collabore aussi avec les différents services de l'Etat dont la police qui peut, elle, accéder aux contenus privés, dans le respect toutefois du secret des correspondances.

L'autorégulation, « illusoire » selon le gouvernement français

Pour le gouvernement français, la modération des contenus publics par Facebook était déjà insuffisante. Mais, s'agissant des contenus privés, il serait carrément « illusoire » de faire confiance à Facebook, estiment les différentes administrations (CSA, Arcep, ministère de l'Intérieur…) de la mission Facebook. « Il est plus complexe d'intervenir sur ces environnements dont les échanges peuvent être couverts par le secret des correspondances privées et surtout chiffrés de bout en bout », peut-on lire dans le rapport.

Sauf que c'est aussi vrai pour les autorités. D'ailleurs, l'expérimentation en cours depuis cinq mois a étudié uniquement les outils de Facebook concernant les contenus publics, pas privés. Tout l'arsenal du gouvernement sur le sujet reste donc à déterminer.

Mathilde