Enjeu de la guerre turque en Syrie

L’accès à l’eau

Malgré des années de conflit, dans le nord-est de la Syrie, une société se construit sur des principes écologiques et démocratiques. L’environnement est en train d’être restauré après des décennies d’exploitation et de guerre ; des problèmes tels que la pénurie d’eau, la désertification et d’autres problèmes écologiques sont abordés. La Fédération démocratique de Syrie du Nord et de l’Est a reconnu que la sécurité environnementale était essentielle pour une société sortant d’un conflit et a investi dans le reboisement, la gestion des déchets, la préservation de l’eau et le renforcement de la conscience environnementale. Les terres épuisées par la guerre et la monoculture ont été revitalisées pour une utilisation communautaire grâce aux anciennes techniques de culture des civilisations du Tigre et de l’Euphrate. Les écoles du nord-est de la Syrie enseignent l’écologie comme discipline fondamentale.

Ces acquis sont aujourd’hui menacés par les destructions militaires car la Turquie a lancé une offensive militaire dans le nord-est de la Syrie. Une décision qui aura des conséquences désastreuses pour la région.

L’eau risque d’être utilisée comme une arme. Les premiers rapports font état d’un ciblage des infrastructures hydrauliques. Le barrage de Bouzra, qui approvisionne en eau la ville de Derik, a été pris pour cible par l’aviation turque. D’autres rapports ont confirmé des dommages causés à des installations civiles : l’approvisionnement en eau de la ville de Hassaké a été interrompu en raison de dégâts causés à l’usine de traitement de l’eau d’Alok, qui fournit 400.000 personnes dans la région, d’après le Bureau de la coordination des affaires humanitaires du secrétariat des Nations unies.

Au cours des étés précédents, les écoulements d’eau vers la Syrie ont été interrompus à plusieurs reprises, tandis que l’ouverture de barrages turcs a provoqué l’inondation de terres agricoles à Girê Spî (nom kurde de Tall Abyad) et dans d’autres régions pas plus tard que le mois dernier. En outre, le projet d’Anatolie du Sud-Est (en turc : Güneydoğu Anadolu Projesi, GAP) dans le sud-est de la Turquie, qui comprend le barrage d’Ilisu et d’autres barrages devant être construits sur le Tigre, réduirait de moitié le débit d’eau vers la Syrie et l’Irak.

 Les craintes d’une catastrophe humanitaire s’amplifient.

Nous appelons la Turquie à :

-* mettre fin immédiatement à l’invasion du nord-est de la Syrie ;
-* ne pas utiliser l’eau et les ouvrages hydrauliques comme armes de guerre et s’abstenir de les cibler ainsi que les voies navigables ;
-* garantir un accès sûr à l’eau en tant que droit humain fondamental pour la population du nord-est de la Syrie ;
-* adhérer à la résolution Unea-3 de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement sur l’atténuation et le contrôle de la pollution dans les zones touchées par les conflits armés ou le terrorisme.

Nous appelons la communauté internationale à :

-* utiliser tous les moyens diplomatiques pour faire pression sur la Turquie afin qu’elle mette fin à son invasion du nord-est de la Syrie ;
-* surveiller l’état des cours d’eau et les ouvrages hydrauliques du nord-est de la Syrie afin de pouvoir documenter tout dommage ou crime de guerre ;
-* tenir responsable toute partie qui provoque des crises humanitaires en raison des atteintes portées aux voies navigables et aux ouvrages hydrauliques par le biais de la résolution Unea-3 de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement sur l’atténuation et la lutte contre la pollution dans les zones touchées par les conflits armés ou le terrorisme.

Jean-Pierre