Enfant précoce

Retrouver le bonheur d’apprendre

À l’école primaire, Amandine refusait d’aller en classe prétextant qu’elle s’ennuyait, explique Noëlle, sa maman. Elle ne s’intéressait pas aux cours, présentait des problèmes de dysgraphie et de dyslexie, et on sentait peser sur elle une tristesse inouïe.

Noëlle se documente et décide de lui faire passer un test de QI qui révèle sa précocité. Une initiative heureuse si l’on considère, ainsi qu’en témoigne Jean-Michel Audoual, professeur principal d’une classe accueillant des EHP au collège Sainte-Marthe Chavagnes d’Angoulême, que « 50 % des EHP qui arrivent au collège sont en échec scolaire ».

Des difficultés qui s’expliquent sur le plan neurocognitif (lire l’entretien avec Olivier Revol) et résultant en général d’un défaut de repérage précoce. « Souvent, dès la naissance, un EHP se différencie par son regard vif, sa curiosité et son tonus, explique Vlinka Antelme, présidente de l’Association française pour les enfants précoces (AFEP). Ensuite, il peut être identifié par son parler précoce, la richesse de son vocabulaire, sa grande curiosité et sa mémoire très efficiente. » C’est donc dès la maternelle qu’il faut prendre en compte ces particularités et se faire conseiller. À noter que les EIP représentent, selon les différents travaux et études, de 2 à 5 % des élèves, quels que soient le milieu social et l’environnement familial.

Ne pas rester seul

Avant de consulter un pédopsychiatre ou un psychologue, explique Jean-Michel Audoual, le premier réflexe consiste à rencontrer l’enseignant afin d’évoquer les résultats, le mal-être, l’ennui ou l’attitude contradictoire de l’enfant, sage à la maison et intenable à l’école.

Cette démarche peut être utilement associée à un test de QI qui permettra de confirmer le HP. 

Cela dit, si certains enseignants ou responsables d’établissements sont ouverts et capables d’appréhender les spécificités pédagogiques des EHP, tous ne sont pas enclins à s’intéresser à ce profil d’élèves. « Lorsque nous avons envisagé de faire sauter une classe à Amandine, l’institutrice nous l’a vivement déconseillé, s’appuyant sur le fait qu’elle faisait des fautes », poursuit Noëlle. Quant à Françoise, elle a très vite « lâché l’affaire », l’enseignant ayant trop à faire avec son triple niveau pour s’attarder sur les facilités de son fils.

À l’âge de 6 ans, Antoine lisait beaucoup, avait une capacité d’analyse surprenante et tenait des discussions presque philosophiques sur le sens de la vie, explique-t-elle. Face à la réaction de son instituteur, il nous a semblé préférable de chercher à voir ce que nous pouvions faire pour aider notre enfant à s’épanouir et à s’intégrer.

Françoise adhère à l’AFEP, assiste à des conférences et rejoint des groupes de discussion qui lui permettent de cheminer et de prendre la décision de changer son fils d’école et de lui faire sauter une classe. 

Rechercher l’harmonie avant tout

« Dès qu’ils ont des doutes, des questions, voire qu’ils se heurtent à l’incompréhension des enseignants, les parents doivent s’appuyer sur les associations d’EHP », confirme le Dr Olivier Revol, chef du service de neuropsychiatrie de l’enfant au CHU de Lyon. Elles sauront les éclairer et leur éviter certains écueils, comme l’explique Vlinka Antelme : « Face à ces enfants en recherche permanente de savoir, les parents doivent veiller à ne pas en faire des adultes avant l’heure au détriment de leur développement psychomoteur. » Pour Noëlle et Françoise, la recherche de cet équilibre est capitale.

Depuis toujours, il y a chez Antoine une gravité, une intensité et une absence de naïveté troublantes dans sa lecture de la vie qui « étouffent » naturellement la légèreté, l’insouciance, la spontanéité de l’enfance, explique Françoise. C’est la raison pour laquelle je l’ai toujours encouragé à jouer lorsqu’il était petit et à faire beaucoup de sport ensuite pour qu’il ne s’enferme pas dans la quête de savoir.

De même, s’il est important d’adapter l’accompagnement de l’EHP à ses spécificités, il faut s’interdire de mettre en avant sa singularité. « Personnellement, je n’ai jamais dit à ma fille qu’elle était précoce pour ne pas creuser la différence avec sa sœur aînée et préserver leur relation », indique Noëlle. Le fait est que savoir qu’il est précoce rend les choses plus difficiles à gérer pour l’enfant.

L’analyse qu’il en fait, c’est qu’il est plus intelligent que les autres, ajoute Françoise. Mais, si on lui explique qu’il existe huit formes d’intelligence, il comprend vite qu’effectivement, il y en a sur lesquelles il a plus de capacités que ses camarades, et d’autres où il en a moins, ce qui lui permet d’appréhender sa précocité avec plus d’humilité et moins de condescendance vis-à-vis de son entourage.

Les clés d’une scolarité heureuse

En fonction des situations, il peut être nécessaire d’envisager des aménagements du parcours scolaire de l’enfant.

En primaire, les classes à double niveau sont très intéressantes, car elles permettent aux EHP de suivre simultanément les deux cursus, et donc de moins s’ennuyer, indique Jean-Michel Audoual. L’enseignant peut aussi adopter une pédagogie différenciée en proposant à ces enfants d’approfondir le champ de la réflexion sur les sujets traités en classe, sous forme de recherches personnelles ou d’exposés. Il peut aussi proposer à l’EHP de suivre quelques cours dans la classe supérieure ou de servir de tuteur à d’autres enfants qui vont moins vite.

Plus classiquement, lorsque l’enfant est à l’aise et s’ennuie, le saut de classe permet de lui redonner le goût de l’effort. Il existe également, à l’instar de l’établissement dans lequel exerce Jean-Michel Audoual, des écoles labellisées par l’Éducation nationale pour accueillir des EHP dans des classes dédiées où les enseignants sont spécialement formés.

Il est important que ces classes soient mises en place en milieu scolaire ordinaire, commente Vlinka Antelme. Car, s’ils souffrent souvent d’être exclus du fait de leurs particularités, on constate au contact des EHP que cette exclusion vient souvent d’eux-mêmes, parce qu’ils n’ont pas essayé de comprendre les codes de fonctionnement des autres.

Accepter la différence n’est donc pas à sens unique. C’est peut-être là que réside la clé d’une scolarité heureuse permettant à chacun, enfant à haut potentiel ou non, de trouver sa place, profitant de la richesse de l’autre.

Zoé