Black Friday

Ne vous inquiétez pas, les grandes enseignes de ventes vont bien ! À l’occasion de l’édition 2017 du Vendredi Noir, la Fédération du e-commerce et de la vente à distance s’attend même à de nouveaux records historiques de ventes. Alors qu’il y a à peine quelques jours, les médias relayaient en cœur l’appel des 15 000 scientifiques à protéger notre planète au bord de l’effondrement, il semblerait que cette réalité là ait été vite oubliée, obnubilée par les « juteuses affaires » que nous pouvons faire ce week-end, même si nous n’avons pas vraiment de besoin immédiat. Dissonance cognitive, quand tu nous tiens…

Toujours plus de quantité, toujours moins cher : à entendre les commentaires et observer les comportements de certains, ce serait le Graal du bonheur sur terre. Pourtant, alors que les consommateurs peuvent avoir le sentiment de faire de bonnes affaires sur l’étiquette, en achetant des produits à « prix cassés », le « Vendredi noir » n’est en réalité qu’une face d’une même médaille : les enseignes surfent en effet sur le buzz pour réaliser des bénéfices records et faire tourner la machine à produire mondialisée. En 2016, les Français ont dépensé 735 millions d’euros en ligne et 4,3 milliards d’euros en magasin en quelques heures à l’occasion du Black Friday et du Cyber-Monday. Pendant ce temps, les Américains dépensaient l’équivalent de 41 milliards d’euros, près de dix fois plus. En France, alors que les commerces sont de plus en plus nombreux à suivre la mode américaine, c’est bien le consommateur qui se fait avoir, poussé à acheter toujours plus de biens matériels, bien en delà de ses besoins et même de ses véritables envies.

Ce n’est pourtant que récemment que le phénomène a traversé l’Atlantique pour se transformer en rituel en France, où il ne fait sa première apparition qu’en 2013. Aux États-Unis, le Black Friday existe depuis plus 50 ans déjà et marque, après Thanksgiving, le début de la saison des achats de fin d’année. La première utilisation de l’expression remonte à 1960. La culture du « toujours plus » traversant aisément les frontières, c’est désormais ici en France que les commerces multiplient les artifices commerciaux et les incitations psychologiques pour convaincre les consommateurs. Particulièrement paradoxal, dans un pays réputé pour son conservatisme, de voir une population s’aligner si facilement avec une culture de la consommation qui n’est pas la sienne, participant volontiers non seulement au désastre écologique lié à nos modes de vie occidentaux, mais également au dépérissement des commerces locaux au profit du tout industriel…

Jean-Pierre