Alcoolisme féminin

« Nous, on savait, et on voyait. »

Le plus impressionnant est la banalisation : avant, lorsque des femmes buvaient, c’était honteux, et elles le faisaient de manière cachée. Ce n’est plus le cas. Il y a une normalisation sociale. Les femmes ont le droit de se saouler, de prendre une cuite. Cela ne choque plus personne.

Après le tabac, c’est donc l’alcool. Dans les années 70-80, les femmes se sont mises à fumer autant que les hommes, et désormais à boire. Et ce, alors que l’on assiste globalement depuis les années 60 à une baisse constante de la consommation.

Combien sont-elles à trop boire en France ?

Il n’existe aucune donnée fiable. Cela varie entre 500 000 et 1,5 million. Les nouvelles autorités sanitaires n’arrêtent pas de dire qu’il faut renverser l’ordre des priorités et mettre l’accent sur la prévention. Là, rien. Pas même des discours. Quand on entend des membres du gouvernement comme Christophe Castaner dire que le vin, ce n’est pas de l’alcool…

Un alcoolisme spécifique

L’alcoolisme au féminin est particulier, différent de celui au masculin. Il touche plus particulièrement les classes aisées, alors que c’est l’inverse pour l’alcoolisme au masculin. Sur le plan de l’âge également, la consommation d’alcool n’est pas la même : chez les hommes, elle est la plus forte vers 18 ans, chez les femmes, autour de 27 ans. Ces dernières associent plus souvent que les hommes consommation d’alcool et médicaments. Et lorsqu’apparaissent des symptômes physiques (comme les tremblements) liés à une consommation excessive d’alcool, les femmes vont se rendre plus rapidement chez le médecin… sans pour autant évoquer leur problème d’alcool. Les médecins prescrivent alors assez facilement des psychotropes, sans se demander si ces problèmes sont ou non liés à une addiction. Enfin, au niveau de la fréquence de consommation, les femmes qui consomment trop d’alcool le font d’ordinaire plus régulièrement que les hommes.

Deux types de consommation problématique

Il y a deux types de consommation problématique. L’un peu entraîner quelques années plus tard l’autre, mais ils sont bien distincts. D’abord, le binge drinking, cette alcoolisation massive un soir donné. Au début c’était un monopole des jeunes garçons. Aujourd’hui cela ne l’est plus et ces ados filles complètement saoules le vendredi soir ne surprennent plus personne.

Cette consommation juvénile, massive et violente, diffère de l’alcoolisme des femmes adultes, qui se cachent souvent. Les causes sont multiples : certains l’expliquent par le stress, avec la « charge mentale » qui pèse sur ces femmes, lestées par le travail, la famille, et le reste.

Des conséquences différentes

Face à l’alcoolisme, les femmes encourent des risques spécifiques. Bien évidemment, il y a le syndrome d’alcoolisation fœtale, lorsque la femme boit à outrance durant la grossesse, avec des conséquences gravissimes pour l’enfant. Mais ce n’est pas tout. Le cerveau, le cœur, et le foie des femmes se révèlent bien plus fragiles face à l’alcool.

Mais que font les pouvoirs publics ?

La situation est totalement déséquilibrée. Les industriels de l’alcool dépensent 450 millions d’euros par an pour faire de la pub : 100 fois plus que les campagnes de prévention. Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, le concède et souligne combien ce problème la préoccupe. Mais les freins, y compris autour d’elle, sont nombreux. A l’image du président Macron et de sa conseillère agriculture qui n’est autre qu’Audrey Bourolleau… qui a occupé le poste de déléguée générale de Vin et Société, une instance de lobbying du vin.

La recommandation est claire, les femmes enceintes ne doivent pas boire du tout de vin en raison du risque d’alcoolisation fœtale. Il y a une désinformation soigneusement organisée par la filière alcool et la puissance de lobbying d’une industrie qui infiltre tous les niveaux de la société […] jusqu’au plus haut niveau de l’Etat.

Outre l’indication pour les femmes enceintes, la consommation d’alcool par les mineurs, la conduite de véhicules et la consommation abusive.

Bref, en matière de prévention de l’alcoolisme, féminin ou pas, on progresse à très petit pas.